Cathy Apourceau-Poly : « Dans les hôpitaux, on est passé à une étape supérieure dans le mal-être »

Le 7 octobre dernier, la sénatrice Cathy Apourceau-Poly a déposé, avec plusieurs de ses collègues, une proposition de loi contenant 43 mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux. Sur RBM, l’ancienne conseillère régionale est revenue sur la situation compliquée du système de santé dans le Bassin Minier et sur ses propositions, demandant un peu plus d’écoute de la part du gouvernement.

Cathy Apourceau-Poly a assisté à des affrontements très violents entre pompiers et forces de l’ordre sur Paris. Crédit photo : Frédéric Peter / RBM

Qu’avez-vous retenu de vos échanges lors de vos actions dans les hôpitaux du Bassin ?
Avec les parlementaires communistes, républicains et écoligistes, nous avons fait le tour des hôpitaux en France. Nous avons visité 150 hôpitaux et pour ma part, j’en ai fait une dizaine dans le Pas-de-Calais pour aller réellement au plus proche du terrain. J’ai écouté les patients, les personnels de santé, les familles et nous avons sorti des mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux : une proposition de loi que nous avons déposé la semaine passée à Madame Buzyn (Agnès Buzyn, la ministre de la santé ndlr) en main propre.

On voit que depuis quelques semaines, le climat est devenu explosif au niveau des hôpitaux. Comment ça se fait qu’on s’en est rendu compte seulement maintenant ? C’était le cas il y a 10-15 ans ou c’est une situation inédite pour vous ?
Pour moi, c’est une situation qui perdure. En vingt ans, dans ce pays, il faut rappeler qu’il y a eu 8,4 milliards d’économie imposées aux hôpitaux, 100 000 lits fermés, 95 services d’urgence fermés avec la disparition de la moitié des maternités en France et donc, en vingt ans, on s’est pris des coups énormes sur le système de santé notamment dans les hôpitaux publics. On est dans une situation que l’on peut caractériser d’à bout de souffle. Tout le monde est à bout de souffle.

Qui sont les responsables de ce climat anxiogène selon vous ?
Les responsables, c’est le gouvernement. Il y a eu les gouvernements précédents qui se sont succédé et il y a aujourd’hui, ce gouvernement avec Madame Buzyn qui en rajoute et qui continue à faire des saignées énormes dans les hôpitaux publics et on pourrait parler de la médecine de ville qui ne va pas bien non plus.

Le PCF s’est rendu compte de ces difficultés dès le départ ou il a prit les devants au moment de cette cassure ?
On s’en est rendu compte depuis un moment. Il y a eu des révoltes dans des hôpitaux, plusieurs salariés sont mobilisés depuis des années avec les syndicats mais on est passé à une étape supérieure dans le mal-être. D’abord, on nous parle de souffrance au travail. Les soignants ont fait ce métier par amour des autres, de l’humain et aujourd’hui, ils nous parlent beaucoup de souffrance au travail.

Avec Jean Létoquart, on a vu des images assez choquantes avec des perfusions accrochées au mur avec des clous. Avez-vous vu des images comme ces dernières ?
Oui évidemment. Je salue mon collègue qui est un fervent défenseur de l’hôpital public et qui se bat avec les syndicalistes tous les jours pour que ça aille mieux à l’hôpital de Lens. Il est en train de dénoncer le fait que nous n’ayons plus de SMUR ou très peu à Lens. Il a posé cette question à Sibeth Ndiaye qui est venue à Avion et il a eu une oreille attentive du préfet Fabien Sudry. Je pense que le gouvernement a présenté, en septembre 2018, Ma Santé 2022 avec des mesures, des mesures, des mesures mais qui sont sans moyen car on assiste, avec ce gouvernement, à des mesures mais les financements ne suivent pas. J’ai envie de dire à Madame Buzyn, Ma Santé 2022 c’est bien mais qu’est ce qu’on fait en attendant ? On fait quoi des gens ?

Mais vous, que proposez-vous concrètement dans votre proposition de loi déposée récemment ?
Il y a 43 mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux. On dit que l’ONDAM (Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie ndlr) qui est à 2,3% n’est pas suffisant. Il faudrait qu’il y est une mesure de rattrapage et qu’il soit à 4,5%. On propose que des centres de santés soit adossés aux hôpitaux, avec des médecins salariés. Ils ouvriraient très tôt et fermeraient très tard et ils pourraient servir de sas avant que les gens n’entrent aux urgences pour que l’on puisse dégonfler ces services qui sont 150 en grève. Ils n’en peuvent plus, ils sont saturés.

Mais pour construire ces centres de santé, on va les faire avec quel argent ? Où allez-vous chercher ces fonds pour construire ces établissements ?
De l’argent, dans ce pays, il y en a. On peut regarder le CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi ndlr), l’évasion fiscale, ce sont des moyens qui existent et auxquels on ne touche pas. Les Gilets Jaunes ont mis en avant l’impôt sur la fortune, cet ISF que ce gouvernement ne veut pas rétablir. Ce gouvernement a annoncé des mesures au moment des Gilets Jaunes et ces mesures sont prises sur le budget de la sécurité sociale pour certaines. Il n’y a aucune compensation financière par l’État à la sécurité sociale sur les mesures d’urgence votées pendant la crise, je pense notamment à la suppression de la CSG pour les retraités et c’est une très très bonne chose pour les retraités les plus modestes. Mais cette mesure a été prise sur le budget de la sécurité sociale et elle n’est pas financée par l’État et on demande qu’il redonne cet argent. Il y a aussi ces exonérations de cotisations sociales patronales que l’on accorde de plus en plus et donc on se propose de les rétablir au même taux que les cotisations sociales des salariés.

Vous avez assisté à des affrontements entre pompiers et forces de l’ordre. Que veulent dire ces affrontements selon vous ?
D’abord, je voudrais apporter mon soutien total et entier à ces hommes et femmes pompiers assez exceptionnels qui sont chaque jour dans nos villes, sur les accidents, et qui sont, pour les élus locaux, très importants. J’étais la semaine passée à l’Assemblée Nationale avec Fabien Roussel et d’autres députés et sénateurs communistes et j’ai été choquée par les images que j’ai vu. J’ai vu des pompiers chargés par des CRS. Évidemment, les CRS n’ont fait que répondre aux injonctions de ce gouvernement. J’ai vu des choses très violentes et je suis scandalisé par les méthodes de ce gouvernement qui envoie la matraque alors que les pompiers réclament des moyens d’urgence pour faire face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leurs métiers.

Peut-on comparer cette réponse violente à celle que l’on a pu voir lors des manifestations de gilets jaunes ?
Oui tout à fait. Je pense que ce gouvernement décide de ne pas discuter, décide de ne pas entendre, de ne pas écouter et la seule réponse, c’est la répression et la matraque. Je trouve cela dommage dans un pays comme le nôtre où je pense que si on voulait installer tout de suite des espaces de discussions avec les différentes corporations ou avec les gens qui manifestent, ça irait mieux. Je rappelle que quand on manifeste, on ne manifeste pas par plaisir car on perd des journées de salaire. Et ces gilets jaunes que l’on a vu, parmi eux il y a des femmes et des familles qui vivaient avec très peu, en désespérance, qui voient d’un côté, cette richesse opulente avec l’ISF que l’on a supprimé et de l’autre côté, eux qui doivent se serrer la ceinture. C’est scandaleux ce gouvernement qui n’anticipe pas et qui ne prend pas le temps de discuter pour répondre aux vrais besoins de notre population.

On parle du futur hôpital de Lens. On a toutefois des difficultés à voir le chantier avancer. Va-t-il apporter un plus au territoire selon vous ?
Il y a une nécessité d’avoir ce nouvel hôpital. C’est devenu une des priorités du lensois et d’ailleurs. Dans ce Bassin Minier de Lens, il y a plus de 250 000 habitants et avec des services de pointe, notamment la cardiologie à Lens, qui sont reconnus et renommés. Cet hôpital doit se reconstruire dans de bonnes conditions. Ce n’est pas possible qu’il y ait moins de lits dans ce futur hôpital car il y a un besoin énorme. Tous les élus doivent s’entendre autour de ce projet et être coude-à-coude.

Mais est-ce qu’avec le mouvement de contestations des hôpitaux, toutes les conditions sociales et économiques sont réunies ?
Je pense que les conditions économiques existent. Il y a du personnel très compétent. Il en faut plus pour mieux se soigner. Il n’est pas possible qu’il ne construise pas, je n’y crois pas. Il faut pousser Madame Buzyn pour que ça aille beaucoup plus vite, on a les élus du territoire qui sont à nos côtés, on a le président du Conseil général du Pas-de-Calais (Jean-Claude Leroy ndlr), le président de région (Xavier Bertrand ndlr) qui réaffirme aussi régulièrement que cet hôpital doit se faire. Il va se faire. Maintenant il faut qu’il se fasse dans les meilleures conditions pour les gens.

Vous êtes élue à la ville d’Avion. Est-ce que vous allez repartir pour les prochains municipales ?
Non je ne sais pas si je vais repartir parce que je n’ai pas encore discuté avec le maire d’Avion (Jean-Marc Tellier). Une chose est sûre, c’est ce que je soutiens à 100% le maire d’Avion et l’équipe municipale que j’y sois ou pas. J’ai un mandat parlementaire, ça me prend du temps, ça ne m’empêche pas de faire des choses dans ma ville, j’étais encore samedi après-midi aux côtés de Jean-Marc Tellier pour les anciens combattants. Je soutiens cette équipe municipale parce qu’elle se bat pour la défense de ses services publics et au quotidien pour les gens. Je suis attachée à ma ville, j’y suis née.

Vendredi, la porte-parole Sibeth Ndiaye est allée à la rencontre des avionnais. Pour vous, ce déplacement a-t-il été bénéfique ?
Oui, il y a eu des échanges courtois et républicains. Pour ma part, la ministre ne m’a pas donné entière satisfaction, il y a des sujets sur lesquels elle n’a pas répondu ou des sujets sur lesquels elle a défendu les positions de son gouvernement et notamment la réforme des retraites. Je ne partage pas ce qu’a dit Madame la ministre et elle n’a pas répondu sur les violences policières qui ont été faites à Paris sur les pompiers donc voilà, elle n’a pas répondu à un certain nombre de questions mais dans le même temps, nous ne sommes pas d’accord sur la politique qu’elle mène.

Suivez l’actualité du Bassin Minier sur le Facebook officiel de RBM.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *