Christian Champiré : « C’est de l’improvisation totale, ça fait peur aux gens et ça ne facilite pas les choses »

Le maire de Grenay Christian Champiré a distribué les premiers masques reçus via la région aux habitants de sa commune. Le communiste, réélu au premier tour des dernières élections municipales, revient sur le dernier scrutin, le cas des écoles dans la crise du Coronavirus et la gestion de la pandémie par le gouvernement.

Christian Champiré commencera prochainement son troisième mandat à la tête de la mairie de Grenay. Crédit photo : Ville de Grenay / Service communication

Ces dernières heures, il y a eu la première distribution de masques pour la ville de Grenay. Comment s’est-elle passée ? Est-ce que l’attente a été longue du côté de votre ville ?
Les masques, c’était tout un patacaisse car on nous a expliqué, au début, qu’il fallait les réserver aux soignants et aux malades. Nous, on a eu des soucis, on a réutilisé les restes de 2009 et on les a offert à l’hôpital de Lens, aux ambulances de la ville et à quelques personnes qui en avaient besoin notamment les dames qui vont chez les personnes âgées pour les soigner. Et puis, on a attendu. Quand on nous a parlé de déconfinement, on nous a dit qu’il faut commander des masques alors on en a commandé et on a commencé à en fabriquer.

Pour le personnel de la ville et pour les personnes les plus fragiles, on a commencé déjà la distribution de masques en tissu. Et après, on attendait les livraisons massifs qui étaient annoncées par la région, par l’Etat et par tout le monde. Donc plutôt que de communiquer comme quoi on avait commandé, on s’est dit on va attendre de les avoir avant d’en parler. On a reçu lundi après-midi ceux de la région, ce n’était pas des masques réutilisables mais des masques jetables donc on a choisi de les distribuer tout de suite à la population et mardi matin, les élus, les militants du Parti Communiste et les agents de la ville volontaires ont distribué aux 2 800 foyers de Grenay, 5 masques par foyer.

Ça s’est bien passé, les gens étaient dans l’attente et ont beaucoup remercié les personnes qui distribuaient. On a vu sur Facebook que nous avons eu beaucoup de retours positifs. On a vu aussi qu’on a eu quelques loupés, qu’on avait oublié quelques boîtes aux lettres et on est repassé chez les gens mercredi matin pour finaliser la distribution. Ils sont inquiets et on leur a fait tout un psychodrame sur les masques et donc ils étaient content de voir qu’ils en recevaient. On a appris que la région allait distribuer des masques en tissu jeudi et on va profiter de ce week-end où on distribuera le journal municipal pour refaire du porte-à-porte et proposer des masques en tissu en fonction du nombre de personnes de plus de douze ans dans chaque foyer puisqu’on sait que c’est eux qui doivent les porter, les enfants c’est facultatif même si on a des bénévoles qui ont préparé des masques pour les enfants dans les écoles si des enseignants veulent leur en donner.

Cette commande fait-elle partie de la commande globale avec plusieurs villes du Bassin Minier ?
Non, celle que nous avons reçu, c’est celle de la région. Celle organisée par Sallaumines et d’autres villes doit arriver d’ici la fin du mois et faudra qu’on les distribue ensuite. Nous avons sollicité les agents de la ville, puisque nous avons des machines à coudre et un club couture, pour leur permettre de confectionner des masques. Ce jeudi et vendredi matin, on va distribuer à toutes les personnes âgées de plus de soixante-dix ans un petit cadeau, une petite douceur parce que le confinement, pour eux, a été particulièrement difficile, avec un masque réutilisable qui sera dans le panier.

Au niveau de la ville de Grenay, comment s’est passée la gestion du personnel communal ? Est-ce que tout le monde est repartie à la maison pendant le confinement ou la reprise s’est effectuée il y a plusieurs jours ?
C’est une discussion qu’on a eu avec les organisations syndicales et les chefs de service. Tous les lundis matin, on avait une cellule de crise et on a analysé la situation que dans une mairie, il y avait une nécessité de continuité du service public. On est tombé d’accord avec les agents et on n’a jamais fermé la mairie. Le CCAS a continué à fonctionner, à faire sa distribution de denrées alimentaires. Simplement, plutôt que de recevoir les gens au CCAS, on a privilégié les conversations téléphoniques pour éviter les risques, ce qui n’a pas empêché d’avoir deux agents qui ont été malades et qui ont dû arrêter de travailler parce que le virus circulait un peu partout.

Ces personnes ont été testées au Covid-19 ?
Vous savez bien que non. On ne peut rien dire là-dessus puisqu’il n’y avait pas de test. Elles avaient des symptômes, elles sont restées chez elle, elles se sont reposées et quand elles sont allées voir leur médecin, il a dit « je n’ai pas de test ». Je parlais avec mon médecin ce mercredi matin, il me disait qu’au début, ç’était compliqué de tester les gens, on avait tous les symptômes mais on n’avait pas les tests pour certifier qu’on l’avait ou pas. À ma connaissance, elles n’ont pas été testées et donc, on peut penser qu’elles l’ont eu mais nous n’avons pas de certitude. À partir du moment où elles ont eu ces signes là, la consigne c’était de rester à son domicile et elles ne sont pas venues travailler.

Sinon, les services ont été ouverts, on a maintenu un minimum d’ouverture à la médiathèque, en particulier pour la continuité scolaire et permettre aux élèves de se connecter sur les ordinateurs pour rester en relation. On a imprimé les devoirs et le cimetière est resté ouvert tout le temps parce que pour moi, c’était important de permettre aux gens de se recueillir. Les services techniques sont restés ouverts et ont continué à nettoyer et entretenir la ville parce qu’on avait des dépôts sauvages et il fallait être extrêmement vigilant parce que dès qu’on laisse un lieu non entretenu, et bien ça ne fait qu’empirer. Le service scolaire est resté ouvert et les salles de classe ont été nettoyées pour évacuer le virus.

L’Etat civil était ouvert pour accueillir les gens, la comptabilité a fait son travail et a payé les factures pour que les entreprises ne puissent pas nous reprocher de ne pas jouer le jeu. On était en service amoindri mais la mairie continuait de fonctionner.

Il y a plusieurs semaines, l’inspecteur académique Joël Surig a visité une école de la commune de Grenay et rencontré les parents d’élèves et les professeurs. Crédit photo : Frédéric Peter / RBM

Comme toutes les communes de la CALL, vous avez décidé de ne pas rouvrir les écoles ce mardi. Comment se sont passées les négociations avec vos confrères ? Tout le monde a tiré dans le même sens ?
Vous avez vu que dans la presse, certains se sont précipités pour annoncer, avant-même qu’on se soit concerté, ce qu’ils allaient faire. Moi ce qui m’importer, plutôt que la réaction de mes collègues, c’est d’abord de savoir comment les parents d’élève de la ville envisageaient les choses, comment les services de la ville envisageaient les possibilités et comment les enseignants voyaient les choses. On a trouvé un mode opératoire au niveau de la ville qui rejoint, d’assez près, ce qui s’est fait dans beaucoup de communes, à savoir qu’on ne peut pas rouvrir l’école dans les conditions actuelles.

Par contre, depuis le 16 mars, on a accueilli les enfants des professions prioritaires et on a bien compris que certains parents étaient obligés de reprendre leurs activités professionnelles avec le déconfinement. On a négocié avec l’inspecteur de circonscription pour qu’à partir du 14 mai, les enfants de Grande Section, de CP et de CM2, dont les parents ont l’obligation de travailler, puissent être accueillis dans les écoles. On fera le bilan le 25 mai et on verra à étendre ce dispositif à partir du 2 juin aux autres niveaux scolaires.

Mais aujourd’hui, quand on voit qu’il y a 54 pages aux consignes pour rouvrir les écoles, le bilan est qu’on ne peut pas les rouvrir; Moi je suis enseignant, si on ne peut pas accueillir tous les enfants et si on doit dire aux familles « gardez-les » ou « c’est vous qui choisissez pour envoyer vos enfants à l’école ou pas » alors que depuis les lois de Ferry, l’éducation est obligatoire et que l’inscription à l’école vaut la présence en permanence et que ce n’est pas à la famille de décider, c’est l’institution scolaire qui décide des ouvertures, là on n’est pas du tout dans cette position là.

On accueille quelques élèves et quand je vois les reportages diffusés mardi sur les écoles de 250 élèves qui accueillent 30 élèves, on ne peut pas dire que l’école est ouverte. On peut simplement dire que quelques élèves sont accueillis et que la majorité reste chez elle et que l’école reste fermée. J’ai bien compris que le Ministre veut dire que les écoles sont ouvertes pour donner le tempo aux entreprises et dire que les gens peuvent retourner travailler, mais la réalité c’est que les gens sont très inquiets. Quand le président de la République a annoncé, le 12 mars, qu’il fallait commencer par fermer les écoles parce que c’est là que le virus se propageait le plus, c’est resté dans la tête des gens. Les parents n’ont pas envie que leurs enfants attrapent le virus et qu’ils le transmettent à leurs parents, voir à leur grands-parents et que ces derniers en fassent les frais.

Dans ces reportages, on voit des tracés, une photo choquante avec des enfants dispersés dans des carrés. On voit des mesures strictes. Ce sont les bonnes solutions pour vous ? Donne-t-on vraiment toutes les cartes en main pour empêcher la transmission du virus ou doit-on adopter certaines règles ?
Par rapport à ce qu’on a vu, j’ai dit aux enseignants et directeurs d’écoles de Grenay, que l’éducation est la responsabilité de l’éducation nationale. La mairie met à la disposition de l’éducation les locaux, s’engage à les nettoyer, à faire qu’ils ne soient pas contaminés. Mais après, l’organisation au sein d’une classe et dans une cour de récréation, ça relève de l’éducation nationale. S’ils veulent s’amuser à mettre des tracés, du rubalise, c’est eux qu’ils le font. Cela ne peut pas être la ville qui organise ça. Ce n’est pas notre rôle, nous n’avons pas de rôle pédagogique, nous n’avons pas à intervenir là-dessus.

Il y a des images qui m’ont choqué avec les enfants qui jouent au ballon, parce que finalement on ne peut pas empêcher les gosses de jouer au ballon à la récréation, et ceux qui étaient confinés dans un cercle, punis et pour qui c’était une abomination d’être en récréation dans ces conditions. Je pense que soit on peut rouvrir et à ce moment là, on a des règles légères à appliquer soit on ne peut pas rouvrir parce que le virus est vraiment dangereux et encore actif et à ce moment là, on reste confiné ou on laisse les enfants chez eux.

On ne peut pas nous dire qu’on peut les accueillir à l’école mais qu’on ne peut pas les accueillir dans les salles de sport, les salles de musique, les centres aérés et qu’il faut prendre des mesures encore plus drastiques que dans les écoles. Là où dans une classe on peut mettre douze élèves, un animateur ne peut prendre en charge que dix gamins, le ministre de l’éducation, également ministre de la jeunesse et des sports, n’a pas fait travailler ses services ensemble manifestement puisqu’ils ont pondu deux circulaires différentes avec des conditions de prise en charge différentes des mêmes enfants parce qu’à l’école ou au centre aéré, ce sont les mêmes gamins. À un moment, ils peuvent être à douze dans sa classe et après, être à dix en centre aéré, ça n’a pas de sens. C’est de l’improvisation totale, ça fait peur aux gens et ça ne facilite pas les choses.

On a vu, il y a plusieurs semaines, l’installation d’une banderole sur la mairie de Grenay pour rendre hommage au personnel en première ligne. C’est vous qui avait eu l’idée d’installer cet hommage ou on est venu vous voir ?
C’est l’association des élus communistes de France qui a fait circuler ce message avec cette proposition. On a pris contact avec Dugudus, l’artiste en question, pour savoir comment on pouvait utiliser son dessin. Il nous a expliqué ses recommandations et donc le service communication l’a fait selon les consignes de l’artiste mais c’est une initiative qu’on a trouvé dans le réseau des villes communistes.

La banderole en question, affichée sur la façade de l’hôtel de ville de Grenay. Crédit photo : Service communication / Ville de Grenay

Le premier ministre Edouard Philippe a affirmé que les conseils municipaux élus dès le premier tour des municipales doivent être installés prochainement. Comment ça va se passer pour Grenay ?
Quand le président de la République a prononcé le déconfinement pour le 11 mai, j’ai tout de suite écrit au prefet du Pas-de-Calais pour lui dire que j’avais l’intention, le 11 mai au soir, de réunir le conseil municipal d’installation. Il m’a répondu que ce n’était pas possible puisque le premier ministre n’avait pas donné de date pour la réunion des conseillers municipaux.

On attendait avec impatience la vision du premier ministre et on a travaillé sur plusieurs possibilités. On devrait réunir le conseil municipal le 23 mai dans la salle des Fêtes pour pouvoir accueillir une cinquantaine de personnes. On ne pourra pas le rendre public comme habituellement, on va garder les distances de sécurité, les gestes barrières, les masques et tout pour éviter la propagation, mais on va élire le samedi 23 au matin le maire et les adjoints et on aura un conseil municipal, la semaine suivante, pour mettre en place les différentes commissions qui vont pouvoir travailler sur les données budgétaires qui ont été préparées et avoir, au moins de juin, un conseil municipal qui adopte le budget 2020.

Vous avez été réélu, avec près de 69% des voix, lors des dernières élections municipales. Vous allez bientôt commencer votre troisième mandat. Pour vous, est-ce que ce premier tour devait-il avoir lieu malgré les conditions sanitaires particulières au mois de mars ?
Le discours du 12 mars du président de la République expliquant que les écoles seraient fermées le lundi 16 mais que le dimanche 15 il fallait aller voter en masse, c’était compliqué. Il y a un certain nombre de gens qui ne sont pas allés voter. On a constaté à Grenay qu’en 2014, le taux de participation des électeurs était de 64% et qu’en 2020, il est de 52 %. On peut le regretter mais on a vu sur d’autres élections, notamment les européennes en mai 2019, un taux de participation de 43% et personne n’a dit on annule les élections européennes et on fait revoter les français pour qu’il y ait une majorité de français qui vote. Je me souviens d’un référendum en 2000, pour modifier la constitution pour le passage au quinquennat et la présidentialisation de notre système politique, 70% des français ne sont pas allés voter et ce sont les 30% qui ont donné le quitus pour modifier la constitution.

Je trouve que c’est un mauvais procès qu’une fois que les élections sont engagées et que les électeurs ont pu aller voter de dire stop, on annule tout et on recommence. On sait bien que ça ne s’est pas passé dans les meilleures conditions possibles mais les gens avaient la possibilité d’aller voter et ceux qui étaient déterminés sont allés voter. Et avec 52% de participation à Grenay, j’ai le sentiment que la population est allée voter.

Donc, pour vous, il n’y avait pas d’obstacles à la bonne tenue de ce premier tour, c’était la meilleure solution de le maintenir ?
Ah non. Moi si le 12 mars au soir, le président de la République avait annoncé que comme il voulait le confinement du pays, il renonçait au premier tour des élections, j’aurais accepté, j’aurais compris. Mais à partir du moment où on est allé jusqu’au bout du processus électoral, qu’on a demandé aux gens d’aller voter et qu’ils sont allés voter, on ne peut pas dire, à la fin du premier tour, que c’est un coup pour rien et qu’on recommence après.

La démocratie, c’est quelque chose de sérieux. On a dit aux gens d’aller voter, ils sont allés voter. Il y en a, manifestement, pas autant que d’habitude mais on a d’autres élections où on a encore moins d’électeurs et on ne dit pas que les élections ne comptent pas. Les députés élus au niveau européen ont été élus à Grenay avec seulement 43% des électeurs de la ville et pourtant ils siègent de plein droit à Strasbourg et à Bruxelles et personne ne conteste leur élection.

Pour ce troisième mandat, quelles sont les premières nécessitées à adopter du côté de Grenay ?
Dans le programme qu’on a proposé aux habitants et avec qui on a discuté, il y a la réalisation d’une micro-crèche et puis c’est surtout le vivre-ensemble, comment on améliore le fonctionnement de la ville. On l’a fait durant les différents mandats de mes prédécesseurs et de moi-même, on réfléchit à comment faire pour que notre ville soit agréable à vivre.

On sait que les conditions de vie des gens sont difficiles, que le niveau de pauvreté est important, que les conditions de chômage sont fortes mais on travaille sur comment renouer du lien entre les différentes générations, les différents habitants pour vivre ensemble avec notamment l’aménagement du Parc Aragon, de la place d’Artois, la promenade Christian Ratel. On voit pour que les gens se rencontrent, vivent ensemble, s’apprécient et se supportent. C’est ça la priorité de la ville.

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